Interview avec Élodie Faure, autrice de MimoDingo !

À l’occasion de la sortie de notre dernier jeu d’expression verbale et non-verbale, MimoDingo, nous vous proposons de vous plonger plus avant dans l’univers de ce jeu adapté aux enfants parleurs et non-parleurs que nous propose Élodie Faure.

Elodie Faure, autrice de MimoDingo.

Dites-nous-en un peu plus sur vous-même, quel est votre parcours professionnel et personnel/intellectuel qui pourrait avoir un rapport avec le jeu ?

Je suis enseignante depuis 15 ans. Ma première année en maternelle était en classe de Toute Petite Section en Réseau d’éducation Prioritaire. Accueillir à l’école des enfants si jeunes et leurs parents a complètement changé ma façon de voir la scolarité et l’échange avec les familles.

J’ai maintenant deux priorités dans ma classe de maternelle pour la réussite de la scolarité des enfants :

  • répondre aux besoins des jeunes enfants, notamment en termes de mouvement et de découverte par le corps et les sens, et
  • construire une communauté éducative cohérente et joyeuse avec les parents.

D’autre part, dans ma vie personnelle je pratique le théâtre en amateur et je suis convaincue que la théâtralisation des moments de classe est primordiale pour “accrocher” les élèves. Ce jeu de mime est une partie de tout ce que la théâtralisation nous offre.

La théâtralisation des moments de classe est primordiale pour “accrocher” les élèves.

Pourquoi avoir créé ce jeu ?

Les enseignants sont nombreux à acheter des jeux ou créer des jeux qui répondent à des besoins d’enseignement dans tous les domaines. Nous nous les échangeons entre collègues directement ou via internet.

Mais pour la tranche d’âge qui m’intéressait (les 2/3 ans), il n’y avait bien souvent que des lotos, qui offrent un fonctionnement de jeu compréhensible pour les jeunes enfants mais ne mettent en jeu que des mots de vocabulaire de la même classe grammaticale : les noms communs. Or, on ne peut pas s’exprimer qu’avec des noms communs !

Il me fallait un jeu avec un fonctionnement simple qui mette en jeu du langage juste un peu plus complexe. Et pour des tout-petits, si ce jeu passe par le corps c’est encore mieux !

L’idée du mime m’est alors apparue comme la meilleure solution ! Dans la pratique, j’avais besoin d’un support imagé et écrit pour constituer des références aux mimes, mais je ne sais pas dessiner… Aritma a trouvé la solution !

Pour des tout-petits, si ce jeu passe par le corps c’est encore mieux !

Selon vous, en quoi l’intégration des enfants non-parleurs est un enjeu en maternelle ?

Hélas, les enfants de milieu défavorisé montrent déjà un retard important dans l’acquisition du langage à l’entrée à l’école maternelle. Des enfants ne parlent quasiment pas quand d’autres s’expriment comme des livres !

Le premier objectif de notre école républicaine est d’offrir une égalité des chances de réussite aux élèves de tous les milieux. Donc les enseignants de maternelle doivent avoir une pédagogie du langage réfléchie et explicite, et mettre toute leur énergie au service des enfants qui en ont besoin de façon prioritaire. C’est une question de justice sociale, surtout que les études montrent que le niveau de langage à 3 ans est prédictif du niveau de maîtrise de la lecture à l’élémentaire.

Le niveau de langage à 3 ans est prédictif du niveau de maîtrise de la lecture à l’élémentaire.

Les enfants non-parleurs doivent être sollicités dans les conversations quotidiennes et dans les jeux pour mettre en route leur “discours intérieur” jusqu’à ce que ce langage s’extériorise.

Nous leur donnons leur tour de parole, leur tour de jeu. Après un silence, nous interprétons, nous formulons à leur place, cherchons leur confirmation par un signe de tête. Nous rattrapons les sollicitations conversationnelles que ces enfants n’ont peut-être pas assez reçu étant bébé. Certaines familles ont besoin de savoir qu’on n’a pas besoin qu’un bébé sache parler pour lui faire la conversation : “Si on allait se promener ? Où veux-tu aller ? à la mare aux canards comme la dernière fois ? On avait vu un gros chien, tu te rappelles ? On va mettre le manteau et fermer la porte à clé “… Les enseignants de maternelle font ainsi.

Solliciter les enfants non-parleurs pour mettre en route leur “discours intérieur” jusqu’à ce que ce langage s’extériorise.

À qui le jeu MimoDingo s’adresse-il ?

A tous les enfants qui veulent apprendre et s’amuser. Je pense aux enfants de l’école maternelle bien sûr mais aussi aux enfants allophones accueillis en élémentaire, aux enfants en séance d’orthophonie, aux petits qui veulent faire un jeu en famille avec des grands, aux enfants au centre de loisirs, en sortie à la piscine… Attention ne mimez pas trop près du bord !

Comment MimoDingo se positionne par rapport aux recommandations de l’éducation nationale en maternelle ?

Le programme de l’école maternelle met en exergue le jeu comme méthode d’apprentissage pour mobiliser les enfants. MimoDingo se positionne de manière transversale à deux domaines des programmes de l’éducation nationale :

  • Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions : oser entrer en communication, communiquer en se faisant comprendre, pratiquer divers usages du langage oral, décrire une image, exprimer sa compréhension en utilisant un vocabulaire adapté, découvrir la fonction de l’écrit (avec le texte de référence sur chaque carte)
  • Agir, s’exprimer, comprendre à travers les activités artistiques : construire et conserver une séquence d’actions et de déplacements.

MimoDingo mobilise le langage dans toutes ses dimensions.

Comment MimoDingo se positionne par rapport aux recommandations des spécialistes du développement de l’enfant ?

Le jeu MimoDingo répond aux besoins du développement de l’enfant :

  • Besoin de se déplacer,
  • de mettre son corps en action,
  • de mettre en mots ses actions,
  • besoin de jeu et d’interactions avec les autres dans un cadre sécurisé. 

Quels ont été les choix structurants – qui font que le jeu est tel qu’il est – et qu’est-ce qui a guidé ces choix ?

La mécanique devait être simple pour que le jeu soit compréhensible et amusant. Le 2ème niveau vient complexifier pour retrouver une nouvelle motivation.

Les thèmes abordés devaient inclure en majorité la vie quotidienne, qui constitue des références connues de tous et amusantes.

Certains mimes n’appartiennent pas au registre de la vie quotidienne, mais sont l’occasion d’acquérir des références en faisant une découverte : par exemple “écouter un air d’opéra”.

Le format des cartes devait être solide et elles devaient être facilement manipulables par les enfants pour que le jeu soit accessible aux enfants sans la présence d’un adulte. 

Quel est votre retour d’expérience d’utilisation de MimoDingo avec votre classe ou dans d’autres contextes ?

Les séances en classe entière sont très enthousiasmantes pour les enfants. L’implication et la clarté du mime “modélisant” de l’enseignant sont très importants au départ pour que les autres enfants réussissent à mimer, surtout les plus jeunes.

L’effervescence est tellement importante que même les non-parleurs ou très timides lèvent le doigt. Je conseille de les solliciter même si quelqu’un d’autre a déjà donné la réponse pour les laisser répéter.

Même les non-parleurs ou très timides lèvent le doigt!

Le support des cartes offre de multiples idées de situation de langage en plus petits groupes pour s’adapter au niveau de langage de chacun, comme les jeux de “Kim”, ou les “Tu préfères ? ” très à la mode.

En libre utilisation dans la classe, le jeu peut provoquer du bruit, alors je préfère imposer le cadre de jouer à seulement deux : l’un mime, l’autre devine.

Retrouvez MimoDingo sur notre site : MimoDingo – Jeu d’expression par le mime et de langage – Aritma

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